Une femme tenant un verre d'eau et un cachet

IVG en France : délais, démarches et droits en 2026

En France, toute personne enceinte peut demander une interruption volontaire de grossesse (IVG) sans avoir à en justifier la raison. Le délai légal est de 14 semaines de grossesse pour l’IVG chirurgicale, et de 7 semaines pour l’IVG médicamenteuse hors établissement de santé. L’ensemble des frais est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie, sans avance de frais. Depuis le 8 mars 2024, la liberté de recourir à l’IVG est inscrite dans la Constitution française.

Vous venez d’apprendre que vous êtes enceinte, et vous ne souhaitez pas poursuivre cette grossesse. La première question qui s’impose est souvent la même : combien de temps me reste-t-il ? Vient ensuite une série de questions pratiques : qui appeler, où aller, comment ça se passe, et est-ce que ça coûte quelque chose ?

Le droit à l’IVG en France est bien encadré mais les délais sont stricts, les méthodes ont des conditions différentes, et les informations qui circulent ne sont pas toujours fiables. En effet, il n’est pas rare de confondre « semaines de grossesse » et « semaines d’aménorrhée », ou de croire qu’un accord parental est obligatoire pour une mineure. Ce sont des erreurs qui peuvent coûter du temps et du temps, dans cette situation, on en a peu. 

Quels sont les délais légaux pour une IVG en France ?

Semaines de grossesse et semaines d’aménorrhée : pourquoi les délais sont exprimés différemment ?

C’est l’une des confusions les plus fréquentes, et elle peut avoir des conséquences réelles.

Les semaines de grossesse (SG) se comptent à partir de la date de conception, soit environ deux semaines après le premier jour des dernières règles. C’est l’unité utilisée dans la loi.

Les semaines d’aménorrhée (SA) se comptent à partir du premier jour des dernières règles. C’est l’unité utilisée en pratique médicale lors des échographies.

La relation entre les deux : 1 semaine de grossesse = 1 semaine d’aménorrhée + 2 semaines.

En résumé :

  • 14 semaines de grossesse = 16 semaines d’aménorrhée (16 SA)
  • 7 semaines de grossesse = 9 semaines d’aménorrhée (9 SA)

Lorsque votre médecin ou votre sage-femme vous indique l’âge de votre grossesse à l’échographie, il le fait en semaines d’aménorrhée. Ainsi, pour savoir où vous en êtes par rapport aux délais légaux, il faut soustraire 2 semaines.

IVG médicamenteuse : jusqu’à 7 semaines de grossesse (9 SA)

L’IVG médicamenteuse est possible jusqu’à la fin de la 7e semaine de grossesse, soit 9 semaines d’aménorrhée. Elle peut être réalisée en dehors d’un établissement de santé, chez un médecin ou une sage-femme en cabinet, dans un centre de santé, ou en téléconsultation.

Au-delà de 7 semaines de grossesse, l’IVG médicamenteuse reste possible mais uniquement en établissement de santé, jusqu’à 9 semaines de grossesse.

IVG chirurgicale (instrumentale) : jusqu’à 14 semaines de grossesse (16 SA)

L’IVG chirurgicale, aussi appelée instrumentale, est possible jusqu’à la fin de la 14e semaine de grossesse, soit 16 semaines d’aménorrhée. C’est la limite légale absolue, fixée par la loi du 2 mars 2022 qui a allongé ce délai de 12 à 14 semaines (article L2212-1 du Code de la santé publique).

👉 Bon à savoir : 

Plus vous consultez tôt, plus vous avez de choix sur la méthode, le lieu, et le professionnel. Si vous envisagez une IVG, prenez rendez-vous dès que possible sans attendre d’être certaine de votre décision : vous pouvez toujours annuler. Dans certaines zones, les délais de rendez-vous peuvent en effet être longs.

Quelles sont les étapes du parcours IVG ?

La première consultation : information et consentement

Le parcours IVG débute par deux temps obligatoires : l’information et le recueil de consentement. Un médecin ou une sage-femme vous informe sur les deux méthodes disponibles, leurs avantages, leurs risques et leurs effets secondaires. Il ou elle recueille votre consentement écrit. Un entretien psycho-social est proposé, mais pas imposé, aux personnes majeures.

👉 Bon à savoir : 

Pour les personnes majeures, ces deux temps peuvent avoir lieu lors d’une même consultation, sans délai de réflexion imposé. Ce délai obligatoire jusqu’alors, a été supprimé par la loi du 2 mars 2022.

L’acte 

En fonction de la méthode choisie et du terme de la grossesse, l’IVG est réalisée en cabinet, en centre de santé, en établissement de santé, ou en téléconsultation.

La consultation de suivi

Elle est obligatoire, entre le 14e et le 21e jour après l’IVG. Elle permet de s’assurer de l’absence de complication et d’aborder la contraception si vous le souhaitez.

📋 Exemple pratico-pratique :

Laure apprend qu’elle est enceinte de 6 semaines de grossesse (8 SA). Elle consulte son médecin généraliste le jour même. Lors de cette première consultation, elle reçoit toutes les informations sur les deux méthodes, exprime son choix pour l’IVG médicamenteuse, et signe le formulaire de consentement. Le médecin lui remet les médicaments. Tout se déroule lors d’une seule et même consultation. Entre le 14e et le 21e jour, elle revoit son médecin pour le suivi et n’a eu aucun frais à avancer.

IVG médicamenteuse et IVG instrumentale : quelles différences ?

L’IVG médicamenteuse

Elle repose sur la prise successive de deux médicaments, qui interrompent la grossesse et provoquent l’expulsion de l’embryon. Elle peut être réalisée :

  • hors établissement de santé : en cabinet médical ou de sage-femme, en centre de planification familiale, ou en centre de santé sexuelle jusqu’à 7 semaines de grossesse ;
  • en téléconsultation : une option méconnue mais pleinement légale depuis le décret du 19 février 2022, particulièrement utile dans les zones où les délais de rendez-vous sont longs ou les professionnels peu nombreux ;
  • en établissement de santé : jusqu’à 9 semaines de grossesse.

Les effets ressemblent à des règles douloureuses, parfois intenses : un saignement survient dans les heures qui suivent la prise du second médicament, accompagné de crampes abdominales. La consultation de suivi, entre le 14e et le 21e jour, est indispensable, non seulement pour confirmer que la grossesse est bien interrompue, mais aussi pour s’assurer que tout s’est passé sans complication.

L’IVG instrumentale

Elle consiste en une aspiration du contenu de l’utérus par dilatation du col. Elle est réalisée sous anesthésie locale ou générale, dans un établissement de santé habilité, et en ambulatoire (une demi-journée à une journée). Elle est possible jusqu’à 14 semaines de grossesse.

❓ Le saviez-vous ? 

Depuis la loi du 2 mars 2022, les sages-femmes sont autorisées à pratiquer des IVG instrumentales en établissement de santé. Cette mesure a été adoptée pour renforcer l’offre de soins dans les territoires où l’accès aux gynécologues est limité.

Le parcours spécifique des mineures

Toute personne mineure peut demander une IVG, quel que soit son âge, sans avoir besoin de l’autorisation de ses parents ou de son tuteur légal (article L2212-7 du Code de la santé publique).

Si elle le souhaite, elle peut garder le secret vis-à-vis de sa famille : le professionnel de santé est soumis au secret médical. Elle peut également choisir d’être accompagnée par la personne majeure de son choix lors de l’entretien.

L’entretien psycho-social est obligatoire pour les mineures. Trois consultations sont nécessaires : la consultation d’information, l’entretien psycho-social (réalisé entre les deux consultations), et le recueil du consentement.

👉 Bon à savoir : 

Une mineure qui ne souhaite pas déclarer son identité peut bénéficier d’un anonymat total. Dans ce cas, les frais de l’IVG sont avancés par l’établissement, qui se fait ensuite rembourser par l’Assurance maladie sans faire apparaître l’acte sur le relevé de la famille.

L’IVG est prise en charge à 100 % : ce qu’il faut savoir

L’intégralité des frais liés à l’IVG est prise en charge par l’Assurance maladie, sans avance de frais, depuis le 1er avril 2016. Cela inclut les consultations préalables, les analyses biologiques, les échographies, l’acte lui-même et la consultation de suivi.

Cette prise en charge s’applique à toutes les personnes assurées sociales, aux mineures, et aux bénéficiaires de l’aide médicale de l’État (AME). Il n’est pas nécessaire de passer par son médecin traitant : l’accès à un gynécologue ou à une sage-femme est libre, et l’IVG fait partie des exceptions au parcours de soins coordonnés.

L’IVG dans la Constitution : ce que ça change concrètement

La liberté de renoncer à devenir parent est désormais inscrite dans la constitution.

Le 4 mars 2024, le Parlement réuni en Congrès à Versailles a voté à une très large majorité l’inscription dans la Constitution de la liberté de recourir à l’IVG. La loi constitutionnelle n° 2024-200 du 8 mars 2024 modifie l’article 34 de la Constitution pour y inscrire que « la loi détermine les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse ».

La France est le premier pays au monde à inscrire cette liberté dans sa loi fondamentale.

Concrètement, cette constitutionnalisation signifie que le droit à l’IVG bénéficie désormais d’une protection juridique de niveau supérieur à la loi ordinaire. Aucune majorité parlementaire ne peut le supprimer sans modifier la Constitution, ce qui nécessite le vote du Parlement réuni en Congrès ou un référendum.

💡 Les conseils de Nolwenn News : 

Cette protection constitutionnelle est une garantie juridique forte. Elle ne résout pas pour autant les difficultés d’accès pratiques : déserts médicaux, professionnels en nombre insuffisant, délais de rendez-vous trop longs. Le droit existe mais son exercice effectif dépend encore de l’organisation concrète de l’offre de soins sur l’ensemble du territoire. 

Des obstacles peuvent persister : que faire ?

La loi protège le droit à l’IVG, mais des difficultés d’accès peuvent survenir dans la réalité.

La clause de conscience

Un médecin ou une sage-femme peut refuser de pratiquer une IVG en invoquant sa conscience. C’est légal mais il ou elle a alors l’obligation légale de vous orienter immédiatement vers un autre professionnel susceptible de vous prendre en charge (article L2212-8 du Code de la santé publique). Si ce n’est pas fait, vous pouvez le signaler à l’Agence régionale de santé (ARS).

Les délais de rendez-vous

Dans certains territoires, les délais d’attente peuvent compromettre l’accès à la méthode souhaitée ou au délai légal. Dans ce cas : contactez directement un centre de santé sexuelle (annuaire disponible sur ivg.gouv.fr), appelez le numéro vert 0 800 08 11 11, ou envisagez une IVG médicamenteuse en téléconsultation pour gagner du temps.

Le délit d’entrave à l’IVG

Toute personne qui tente d’empêcher ou de dissuader une personne d’accéder à l’IVG, par pression, menace, perturbation d’un établissement ou diffusion de fausses informations commet un délit punissable de deux ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende (article L2223-2 du Code de la santé publique). Ce délit s’applique aussi en ligne.

🔎 Cas pratique : 

Vous êtes à 13 semaines de grossesse et vous n’arrivez pas à obtenir de rendez-vous rapidement ? Appelez immédiatement le 0 800 08 11 11 : des conseillers spécialisés peuvent vous orienter vers les structures disponibles dans votre département ou dans les départements voisins, et vous aider à obtenir un rendez-vous urgent avant la limite légale.

Où s’adresser et quels contacts utiles ?

  • Numéro vert 0 800 08 11 11 : gratuit, anonyme, disponible du lundi au samedi de 9h à 20h. Des conseillers vous informent, vous écoutent et vous orientent vers les professionnels et structures disponibles.
  • Tchat IVG : accessible sur ivg.gouv.fr, pour poser vos questions par écrit de façon anonyme.
  • ivg.gouv.fr : le site officiel du gouvernement : toutes les informations, l’annuaire des centres de santé sexuelle et des EVARS (espaces vie affective, relationnelle et sexuelle) par département.
  • Le Planning familial : réseau associatif présent dans toute la France, qui propose information, accompagnement et orientation.
  • Votre médecin généraliste ou votre sage-femme : premier interlocuteur accessible pour une consultation rapide.

Ce qu’il faut retenir

  • En France, toute personne enceinte peut demander une IVG sans avoir à en justifier la raison, sans condition de nationalité ni d’âge.
  • Le délai légal est de 14 semaines de grossesse (16 SA) pour l’IVG instrumentale et de 7 semaines de grossesse (9 SA) pour l’IVG médicamenteuse hors établissement.
  • Les frais sont pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie, sans avance de frais, pour toutes.
  • Pour les majeures, les deux temps obligatoires (information et consentement) peuvent avoir lieu lors d’une même consultation, il n’y a plus de délai de réflexion imposé depuis 2022.
  • Les mineures n’ont pas besoin d’autorisation parentale et peuvent garder l’anonymat.
  • Depuis la loi constitutionnelle du 8 mars 2024, la liberté de recourir à l’IVG est inscrite dans la Constitution française.
  • En cas d’obstacle (refus d’un professionnel, délais trop longs), le numéro vert 0 800 08 11 11 et ivg.gouv.fr permettent d’obtenir une orientation rapide.

Le mot de la fin

Le droit à l’IVG en France est l’un des plus protégés au monde. Depuis 1975, il a été progressivement renforcé, élargi, et il est aujourd’hui inscrit dans la Constitution. Mais un droit sur le papier ne vaut que s’il est accessible dans la réalité et les inégalités territoriales, les délais de rendez-vous ou la méconnaissance des options disponibles peuvent encore compliquer le parcours. Connaître ses droits, savoir où se tourner rapidement, et ne pas attendre : voilà ce qui fait la différence. Les ressources officielles (ivg.gouv.fr, le numéro vert, les centres de santé sexuelle), existent précisément pour que personne ne reste seule face à cette situation.

FAQ

Peut-on accéder à une IVG sans rendez-vous ? 

Dans certains centres de santé sexuelle et établissements hospitaliers, des consultations sans rendez-vous sont possibles pour les situations urgentes. Appelez le 0 800 08 11 11 pour être orientée vers les structures proposant cette option près de chez vous.

Faut-il être assurée sociale pour bénéficier de la prise en charge à 100 % ? 

Non. Les mineures et les personnes relevant de l’aide médicale de l’État (AME) bénéficient également d’une prise en charge intégrale. Si vous n’avez aucune couverture sociale, les centres de planification familiale peuvent vous accompagner.

Peut-on faire une IVG médicamenteuse chez soi ? 

Oui, depuis 2022. L’IVG médicamenteuse peut être réalisée en téléconsultation : la prescription est faite par vidéo, les médicaments sont délivrés en pharmacie ou envoyés à domicile, et le suivi est assuré à distance. Cette option est possible jusqu’à 7 semaines de grossesse.

Un partenaire peut-il s’opposer à une IVG ? 

Non. La décision appartient exclusivement à la personne enceinte. Ni le conjoint, ni le partenaire, ni les parents ne peuvent s’y opposer légalement. Toute tentative de pression ou d’entrave est passible de poursuites pénales au titre du délit d’entrave à l’IVG (article L2223-2 du Code de la santé publique).

Que se passe-t-il si on dépasse le délai légal de 14 semaines ? 

Au-delà de 14 semaines de grossesse, l’IVG n’est plus possible en France sauf dans le cadre d’une interruption médicale de grossesse (IMG), qui ne peut être accordée que pour des motifs médicaux graves. En dehors de ce cas, certaines personnes se rendent dans un pays européen où le délai légal est plus long (Pays-Bas, Espagne). Le numéro vert 0 800 08 11 11 peut vous informer sur ces possibilités.

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