femme qui réfléchit à prendre un médicament.

IVG médicamenteuse : déroulement, suivi et accompagnement

L’IVG médicamenteuse consiste à prendre deux médicaments successifs, la mifépristone puis le misoprostol, pour interrompre une grossesse. Elle est possible jusqu’à 7 semaines de grossesse (soit 9 semaines d’aménorrhée) hors établissement de santé, et jusqu’à 9 semaines de grossesse en établissement. Son efficacité est d’environ 95 %. Une consultation de contrôle entre le 14e et le 21e jour après la prise de la mifépristone est obligatoire. L’ensemble des frais est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie.

Vous avez choisi l’IVG médicamenteuse. Vous savez qu’il y a deux médicaments, qu’il y aura des saignements, et que ça peut faire mal. Mais peut-être voulez-vous savoir, pour vous préparer, ce qui va exactement se passer dans les heures qui suivent la prise des comprimés puis dans les jours d’après.

L’IVG médicamenteuse est la méthode la plus utilisée en France : elle représente plus de 75 % des IVG réalisées chaque année. Et pourtant, les informations concrètes sur ce qui se passe physiquement restent souvent vagues. Les guides s’arrêtent à « des saignements et des douleurs comparables aux règles », sans expliquer ni les différentes façons de prendre le second médicament, ni ce qu’on peut observer lors de l’expulsion, ni pourquoi la consultation de contrôle n’est pas une option.

Qu’est-ce que l’IVG médicamenteuse et jusqu’à quand est-elle possible ?

L’IVG médicamenteuse provoque une fausse couche en deux temps grâce à la prise successive de deux médicaments : la mifépristone, qui interrompt le développement de la grossesse en bloquant l’action de la progestérone, et le misoprostol, qui provoque les contractions utérines et l’expulsion.

Elle est possible jusqu’à la fin de la 7e semaine de grossesse (9 semaines d’aménorrhée) lorsqu’elle est réalisée hors établissement de santé c’est-à-dire en cabinet médical, chez une sage-femme, en centre de santé ou suite à une téléconsultation. En établissement de santé, la limite est portée à 9 semaines de grossesse (soit 11 semaines d’aménorrhée).

Son taux d’efficacité est d’environ 95 %. En effet, dans 5 % des cas, la méthode ne fonctionne pas complètement et un recours à l’IVG instrumentale est nécessaire.

👉 Bon à savoir : 

L’IVG médicamenteuse et l’IVG instrumentale sont deux méthodes distinctes, aux profils différents. L’IVG médicamenteuse se déroule principalement à domicile, en deux temps espacés de 24 à 48 heures. L’IVG instrumentale (aspiration) est réalisée en établissement de santé, en une seule séance sous anesthésie locale ou générale. Les deux sont pris en charge à 100 %.

La consultation préalable : information, consentement et prescription

Avant toute prise de médicament, une première consultation est obligatoire. Elle peut avoir lieu en présentiel ou en téléconsultation : depuis 2022, cette option est pleinement légale et accessible depuis toute la France.

Lors de ce rendez-vous, le médecin ou la sage-femme :

  • vous informe sur les deux méthodes disponibles (médicamenteuse et instrumentale) et leurs caractéristiques ;
  • recueille votre consentement écrit ;
  • vérifie l’absence de contre-indications médicales ;
  • prescrit les deux médicaments et les antidouleurs à prendre en amont ;
  • vous remet les coordonnées à contacter en cas de complication.

Quelques contre-indications sont à signaler : traitement prolongé aux corticoïdes, troubles de la coagulation, insuffisance surrénalienne, pose d’un stérilet, ou encore âge supérieur à 35 ans avec tabagisme important. Ces situations ne sont pas nécessairement rédhibitoires, mais elles doivent être connues du professionnel pour qu’il puisse adapter la prise en charge.

Par ailleurs, si votre groupe sanguin est Rh négatif, une injection d’immunoglobulines anti-D peut être nécessaire après l’IVG. Cette précaution vise à éviter que votre organisme ne développe des anticorps contre le sang du fœtus ce qui, sans traitement, pourrait compromettre de futures grossesses en cas d’incompatibilité de groupe sanguin. Le professionnel qui vous suit vous en informera et vous dira si elle s’applique à votre situation.

La prise des médicaments : ce qui se passe étape par étape

Jour 1 : la mifépristone

La mifépristone se prend par voie orale, en avalant le comprimé. Elle peut être prise en présence du professionnel de santé ou à domicile. Il n’y a aucune obligation légale d’être accompagnée lors de cette prise.

Dans la très grande majorité des cas, ce premier médicament ne provoque pas de symptômes immédiats. Cependant, pour environ 5 % des femmes, de légers saignements peuvent survenir dès ce stade. Aussi, prévoyez des protections périodiques.

Vous poursuivez normalement votre journée.

Jour 2 ou 3 : le misoprostol

Le misoprostol est pris 24 à 48 heures après la mifépristone. C’est ce second médicament qui déclenche les contractions et provoque l’expulsion de la grossesse.

Il peut être administré de trois façons :

  • Par voie jugale (entre la mâchoire et la joue, en laissant fondre le comprimé) : voie recommandée pour son efficacité et sa tolérance.
  • Par voie sublinguale (sous la langue, en laissant fondre pendant 20 minutes) : également recommandée, absorption rapide.
  • Par voie orale (en avalant le comprimé) : possible, mais davantage susceptible de provoquer nausées, vomissements et diarrhées que les deux voies précédentes.

👉 Bon à savoir : 

La voie vaginale est déconseillée par les laboratoires en raison d’un risque plus élevé de douleurs abdomino-pelviennes. Elle ne doit pas être utilisée.

Prenez vos antidouleurs avant la prise du misoprostol, sans attendre l’apparition des douleurs. Ils sont plus efficaces en prévention.

Que se passe-t-il lors de l’expulsion ?

C’est l’étape qui génère le plus d’inquiétude, souvent parce qu’elle est peu décrite. Voici ce à quoi vous pouvez vous attendre.

Le déclenchement

Dans 60 % des cas, l’expulsion intervient dans les 4 heures qui suivent la prise du misoprostol. Dans 40 % des cas, elle se produit dans les 24 à 72 heures suivantes.

Les saignements

Ils sont généralement plus abondants que des règles habituelles et accompagnés de caillots provenant de la muqueuse utérine. Ils peuvent durer de 10 à 20 jours, avec une intensité qui diminue progressivement. 

Attention, ce n’est pas parce que les saignements s’arrêtent que la grossesse est interrompue : seule la consultation de contrôle le confirme.

Les douleurs

Elles ressemblent à des crampes menstruelles plus intenses que d’habitude, provoquées par les contractions utérines. Leur intensité varie beaucoup d’une personne à l’autre mais les antidouleurs prescrits permettent généralement de les soulager.

Ce que vous pouvez observer

Lors de l’expulsion, il est possible de voir le sac gestationnel ou l’embryon. Certaines personnes préfèrent ne pas regarder, d’autres souhaitent au contraire être pleinement présentes à ce moment. Il n’y a pas de bonne façon de vivre cet instant. Ce qui compte, c’est d’y être préparée : savoir que cela peut arriver permet de faire un choix, plutôt que d’être prise par surprise.

💡Les conseils de Nolwenn News : 

Préférez rester chez vous le jour de la prise du misoprostol, ou dans un endroit où vous vous sentez en sécurité. Prévenez quelqu’un de confiance de votre situation, pas nécessairement pour être accompagnée physiquement, mais pour avoir un contact joignable. Prévoyez des protections périodiques (pas de tampons), des antidouleurs à portée de main, et de quoi vous reposer. Évitez de planifier cette journée-là des activités qui vous contraignent.

Quels signes doivent vous alerter ?

Certains signes nécessitent de contacter immédiatement le professionnel de santé qui vous suit ou d’appeler le 15 en dehors de ses horaires.

Appelez si vous observez :

  • des saignements très abondants (plus de 2 protections saturées par heure pendant 2 heures consécutives) ;
  • une fièvre supérieure à 38,5 °C persistant plus de 24 heures après la prise du misoprostol ;
  • des douleurs abdominales intenses qui ne cèdent pas malgré les antidouleurs ;
  • des pertes avec une odeur anormale.

❓ Le saviez-vous ? 

L’absence totale de saignements dans les 72 heures qui suivent la prise du misoprostol est également à signaler. Elle peut en effet indiquer que le traitement n’a pas fonctionné. 

La consultation de contrôle : obligatoire, pas optionnelle

Elle est souvent perçue comme un rendez-vous de routine mais elle ne l’est pas. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a dû rappeler spécifiquement son caractère obligatoire, parce que trop de personnes font l’impasse sur cette consultation.

Elle a lieu entre le 14ème et le 21ème jour après la prise de la mifépristone. Elle comprend un examen clinique, un dosage sanguin des bêta-hCG (hormones de grossesse) et/ou une échographie de contrôle. Son objectif est de vérifier deux choses : que la grossesse est bien interrompue, et qu’il n’y a pas de complication (rétention, infection, ou grossesse évolutive).

Elle peut se faire en téléconsultation si vous avez suivi l’ensemble du parcours à distance.

Et si l’IVG médicamenteuse ne fonctionne pas ?

Dans environ 5 % des cas, la méthode médicamenteuse ne conduit pas à une interruption complète de la grossesse. Ce risque augmente légèrement avec l’avancée du terme.

Dans ce cas, et si vous souhaitez toujours interrompre la grossesse, une IVG instrumentale (par aspiration) vous sera proposée. Elle se déroule en établissement de santé, sous anesthésie locale ou générale, et est prise en charge à 100 % dans les mêmes conditions.

💡 Les conseils de Nolwenn News : 

Ne tardez pas à vous rendre à la consultation de contrôle si les saignements vous semblent insuffisants ou si vous n’êtes pas sûre que l’expulsion a bien eu lieu. Un résultat de dosage bêta-hCG normal à J14-J21 est le seul moyen de confirmer que tout s’est bien passé. 

Si toutefois vous décidez de poursuivre la grossesse après une exposition aux deux médicaments, vous devez être informée du risque tératogène : l’exposition prénatale à la mifépristone et au misoprostol est associée à une augmentation du risque malformatif. Cette information est légalement obligatoire.

Arrêt de travail, prise en charge et contraception après l’IVG

En cas d’IVG médicamenteuse, l’arrêt de travail n’est pas automatique. Il peut bien évidemment être prescrit si votre situation le justifie : douleurs importantes, activité physique incompatible avec le repos nécessaire, ou complications. Sa durée varie généralement de 1 à 5 jours selon les cas. Si vous souhaitez un arrêt, demandez-le lors de la consultation préalable ou de suivi.

La prise en charge est totale : tous les actes liés à l’IVG médicamenteuse (consultations, médicaments, analyses, consultation de contrôle) sont remboursés à 100 % par l’Assurance maladie, sans avance de frais.

La contraception peut être démarrée immédiatement après l’IVG médicamenteuse, dès la consultation de contrôle ou avant si vous le souhaitez. Le professionnel qui vous suit peut vous accompagner dans ce choix.

Sur le plan émotionnel, les réactions après une IVG médicamenteuse sont très variables d’une personne à l’autre : soulagement, tristesse, ambivalence, ou aucune émotion particulière. Toutes ces réactions sont normales. Si vous ressentez le besoin d’en parler, plusieurs ressources sont disponibles.

Vous n’êtes pas seule : ressources et accompagnement

  • Le numéro vert 0 800 08 11 11 est gratuit, anonyme, 7 jours sur 7 de 9h à 23h. Des conseillers formés (psychologues, juristes et travailleurs sociaux) peuvent répondre à vos questions à n’importe quelle étape du parcours.
  • Le tchat IVG sur ivg.gouv.fr : pour poser vos questions par écrit, de façon anonyme, à votre rythme.
  • Les centres de santé sexuelle : accueil sans rendez-vous dans certains centres, écoute et accompagnement disponibles avant, pendant et après l’IVG. L’annuaire est disponible sur ivg.gouv.fr.
  • Un accompagnant de votre choix peut être présent à n’importe quelle étape : consultations, prise des médicaments, expulsion. Ce n’est pas une obligation, mais une possibilité que vous avez pleinement le droit d’utiliser.

Ce qu’il faut retenir

  • L’IVG médicamenteuse repose sur la prise successive de mifépristone puis de misoprostol, à 24-48 heures d’intervalle. Son efficacité est d’environ 95 %.
  • Le misoprostol se prend de préférence par voie jugale ou sublinguale, pas par voie vaginale, déconseillée par les laboratoires.
  • L’expulsion intervient dans 60 % des cas dans les 4 heures suivant le misoprostol, et dans 40 % des cas dans les 24 à 72 heures. Les saignements durent généralement 10 à 20 jours.
  • Les antidouleurs doivent être pris avant la prise du misoprostol, en prévention, pas en attente des douleurs.
  • La consultation de contrôle entre J14 et J21 est obligatoire. Elle peut se faire en téléconsultation.
  • En cas d’échec (5 % des cas), une IVG instrumentale est proposée. Si la grossesse continue après exposition aux médicaments, le risque tératogène doit être signalé.
  • L’ensemble des frais est pris en charge à 100 % sans avance de frais. Un arrêt de travail peut être prescrit si nécessaire.

Le mot de la fin

L’IVG médicamenteuse est une procédure médicalement encadrée, bien documentée, et accessible à domicile pour la majorité des femmes qui la choisissent. Ce qui fait la différence entre une expérience subie et une expérience traversée, c’est l’information. Savoir à quelle heure les choses peuvent se passer, ce qu’on peut voir, quand s’inquiéter et quand ne pas s’inquiéter : ce sont des repères concrets qui permettent de rester ancrée, même dans les moments difficiles. 

Le suivi médical, à commencer par la consultation de contrôle, n’est pas une option : c’est ce qui assure que tout s’est bien passé. Et si vous avez besoin d’en parler à n’importe quel moment, le 0 800 08 11 11 est là pour ça.

Cet article a une vocation exclusivement informative. Il ne se substitue pas à une consultation médicale ni à l’avis d’un professionnel de santé. Si vous envisagez une IVG médicamenteuse ou si vous avez des questions sur votre situation personnelle, seul un médecin ou une sage-femme est en mesure de vous orienter.

FAQ

Peut-on prendre le misoprostol seule à domicile ? 

Oui. Aucune obligation légale n’impose d’être accompagnée d’un professionnel de santé lors de la prise des médicaments. La prise peut avoir lieu entièrement à domicile, selon votre choix. Il est en revanche recommandé de ne pas rester seule, sans que cela soit une obligation. Prévenez une personne de confiance joignable ce jour-là.

Est-ce que l’IVG médicamenteuse est douloureuse ? 

Les douleurs sont fréquentes mais leur intensité varie beaucoup selon les personnes. Elles ressemblent à des crampes menstruelles, parfois plus intenses. Des antidouleurs sont prescrits systématiquement à l’avance : prenez-les avant la prise du misoprostol, sans attendre les douleurs. Si malgré les médicaments la douleur est insupportable, contactez le professionnel qui vous suit ou le 15.

Peut-on faire une IVG médicamenteuse en téléconsultation ? 

Oui, depuis 2022, certaines étapes, voire l’ensemble du parcours selon les situations, peuvent se faire en téléconsultation, en accord avec le médecin ou la sage-femme. Dans ce cas, la prescription est transmise directement à la pharmacie par le professionnel de santé. Toutefois, la faisabilité d’une téléconsultation complète dépend de votre situation clinique : selon les cas, des examens en présentiel (échographie, bilan biologique) peuvent rester nécessaires. C’est le professionnel de santé qui vous suivra qui déterminera ce qui est possible pour vous.

Combien de temps après l’IVG médicamenteuse les règles reviennent-elles ? 

Les règles reviennent généralement dans les 4 à 6 semaines suivant l’IVG. Le retour de couches peut être légèrement décalé selon votre cycle habituel. Si vos règles ne sont pas revenues dans les 6 semaines, consultez.

Peut-on utiliser un test de grossesse pour vérifier que l’IVG a bien fonctionné ? 

Non, ou en tout cas pas de façon fiable. Un test de grossesse urinaire peut rester positif plusieurs semaines après une IVG médicamenteuse, parce que les hormones hCG mettent du temps à disparaître de l’organisme. Un résultat positif ne signifie donc pas que la procédure a échoué. Seul un dosage sanguin des bêta-hCG, réalisé lors de la consultation de contrôle, permet de confirmer que la grossesse est bien interrompue.

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