Parent qui aide son enfant de moins de 20 ans dans son handicap

AEEH : montant, conditions et comment faire sa demande

L’Allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH) est une aide financière versée par la CAF ou la MSA aux familles d’un enfant de moins de 20 ans en situation de handicap. Elle est accordée sans condition de ressources. Depuis le 1er avril 2026, le montant de base est de 153,01 € par mois. Six compléments peuvent s’y ajouter selon la gravité du handicap et les besoins de l’enfant, portant l’aide jusqu’à 1 901,07 € par mois. La demande s’effectue auprès de la MDPH.

Le diagnostic vient d’être posé. Ou bien cela fait des mois que vous naviguez entre les spécialistes, les rééducateurs, les rendez-vous qui s’accumulent et les factures aussi. Vous savez qu’il existe des aides, mais vous ne savez pas lesquelles vous concernent, ni comment y accéder.

L’AEEH est souvent la première aide financière à laquelle pensent les familles d’un enfant en situation de handicap. Et pourtant, elle reste mal connue dans ses détails : six niveaux de complément dont les critères ne sont pas toujours clairs, un droit d’option avec la  prestation de compensation du handicap (PCH) que beaucoup ignorent, et une réforme importante entrée en vigueur au 1er avril 2026 qui change les règles pour des dizaines de milliers de familles.

Qu’est-ce que l’AEEH et à qui s’adresse-t-elle ?

L’Allocation d’éducation de l’enfant handicapé est une prestation familiale destinée à aider les familles à faire face aux dépenses supplémentaires générées par le handicap de leur enfant : frais de soins, de rééducation, d’accompagnement spécialisé, d’aménagement du domicile ou de matériel adapté.

Elle est versée sans condition de ressources : votre niveau de revenus n’entre pas en compte pour l’attribution. Elle n’est pas imposable et ne entre pas dans le calcul de vos autres aides CAF (allocations familiales, APL, etc.).

C’est la CAF qui verse l’AEEH pour les familles qui relèvent du régime général, et la MSA pour les professions agricoles. Dans les deux cas, c’est la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) qui instruit la demande et décide de l’attribution.

Quelles conditions pour bénéficier de l’AEEH ?

Trois conditions doivent être remplies simultanément.

  • L’enfant doit avoir moins de 20 ans. À partir de 20 ans, il peut basculer vers l’AAH (Allocation aux adultes handicapés) si les conditions sont remplies.
  • L’enfant doit présenter un taux d’incapacité reconnu par la CDAPH. Deux situations ouvrent droit à l’AEEH : un taux d’incapacité permanente d’au moins 80 % et un taux compris entre 50 % et 79 %, à condition que le handicap entraîne une restriction substantielle et durable d’accès à l’éducation ou à la formation c’est-à-dire que l’enfant bénéficie d’un suivi médico-social, d’un dispositif scolaire adapté, ou que son état nécessite des soins spécifiques
  • L’enfant doit résider en France de façon permanente, ainsi que le parent ou le représentant légal qui signe la demande.

👉 Bon à savoir : 

Un taux d’incapacité inférieur à 50 % n’ouvre pas droit à l’AEEH. Il peut permettre une reconnaissance du handicap par la MDPH, mais pas le versement de cette allocation. Si le taux de votre enfant est évalué en dessous de ce seuil, d’autres dispositifs peuvent s’appliquer selon sa situation, notamment dans le cadre de la scolarisation : accompagnant des élèves en situation de handicap (AESH), projet personnalisé de scolarisation (PPS), etc.

Réforme du 1er avril 2026 : ce qui change pour les taux 50-79 %

C’est l’une des évolutions les plus significatives pour les familles depuis plusieurs années.

Avant le 1er avril 2026, l’AEEH ne pouvait être attribuée sans limitation de durée (jusqu’aux 20 ans de l’enfant) que pour les enfants dont le taux d’incapacité était d’au moins 80 %, en l’absence de perspective d’amélioration. Pour les taux compris entre 50 % et 79 %, la durée d’attribution était limitée ce qui obligeait les familles à renouveler régulièrement leur dossier auprès de la MDPH.

Le décret n° 2026-227 du 30 mars 2026 étend désormais cette attribution sans limitation de durée aux enfants dont le taux d’incapacité est compris entre 50 % et 79 %, à condition qu’aucune amélioration de leur état ne soit prévisible selon attestation médicale. Cette mesure s’applique aux nouvelles demandes et aux dossiers de renouvellement déposés à compter de la date du 1er avril 2026.

Deux précisions importantes :

Cette extension concerne l’AEEH de base uniquement. Les durées d’attribution du complément d’AEEH restent inchangées : 3 à 5 ans pour un taux ≥ 80 %, 2 à 5 ans pour un taux entre 50 % et 79 %.

Si une perspective d’amélioration existe, les règles antérieures continuent de s’appliquer c’est-à-dire que la durée reste limitée et le renouvellement nécessaire.

❓ Le saviez-vous ? 

Cette réforme répond à une demande portée de longue date par les associations de familles, notamment l’Unapei. Pour les familles concernées, elle signifie moins de démarches de renouvellement auprès de la MDPH, une meilleure prévisibilité financière, et un gain de temps administratif réel. Si votre enfant présente un taux entre 50 % et 79 % sans perspective d’amélioration, vérifiez avec votre MDPH si votre dossier peut bénéficier de cette évolution dès son prochain renouvellement.

Quel est le montant de l’AEEH ?

Depuis le 1er avril 2026, le montant de base de l’AEEH est fixé à 153,01 € par mois (revalorisation de +0,8 % conformément au décret du 30 mars 2026). Ce montant est identique pour tous les bénéficiaires, quel que soit le niveau de handicap.

À ce montant de base peut s’ajouter un complément, réparti en six catégories selon la nature et la gravité du handicap, et les besoins de compensation de l’enfant.

CatégorieCritères principauxMontant du complément
Catégorie 1Frais mensuels liés au handicap entre 231 et 462 €114,76 €
Catégorie 2Frais > 462 € ou recours à tierce personne <8h/sem308,58 €
Catégorie 3Frais > 462 € ET tierce personne, ou réduction d’activité d’un parent436,44 €
Catégorie 4Tierce personne ≥8h/sem OU cessation d’activité d’un parent694,61 €
Catégorie 5Tierce personne ≥ 20h/sem ET frais importants842,83 €
Catégorie 6Contraintes permanentes de surveillance ou cessation totale d’activité1 288,13 €

Une majoration pour parent isolé (MPI) de 459,93 €/mois s’ajoute aux catégories 2 à 6 pour les parents qui assument seuls la charge de l’enfant.

Le montant maximum atteignable est ainsi de 1 901,07 € par mois : il comprend l’AEEH de base (153,01 €) + le complément catégorie 6 (1 288,13 €) + la majoration parent isolé (459,93 €).

📋 Exemples :

Thomas, 9 ans, présente un TDAH sévère avec troubles DYS associés, reconnu à 80 % d’incapacité. Il bénéficie d’un suivi orthophonique, psychologique et d’une prise en charge en Service d’Éducation Spéciale et de Soins à Domicile (SESSAD). Ses parents engagent environ 380 €/mois en frais de soins non remboursés. La Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH) classe son dossier en catégorie 2 : ses parents perçoivent 153,01 € + 308,58 € = 461,59 € par mois.

Inès, 6 ans, présente un autisme sévère. Sa mère, qui l’élève seule, a cessé toute activité professionnelle pour assurer sa présence permanente. La CDAPH classe le dossier en catégorie 6. La maman d’Inès perçoit 153,01 € + 1 288,13 € + 459,93 € = 1 901,07 € par mois.

AEEH ou PCH : comment choisir ?

L’AEEH de base et la Prestation de compensation du handicap (PCH) ne sont pas cumulables. Les familles concernées doivent choisir l’un ou l’autre. Il existe cependant une exception : l’AEEH de base peut se cumuler avec une partie de la PCH, limitée aux frais d’aménagement du logement, d’aménagement du véhicule et de surcoûts de transport, sur dérogation accordée par la CDAPH.

L’AEEH est souvent plus adaptée lorsque les frais liés au handicap sont principalement des soins médicaux ou paramédicaux, et que les besoins d’aide humaine restent limités.

Dans la mesure où elle n’est pas plafonnée de la même façon, la PCH peut être plus avantageuse lorsque les besoins d’aide humaine sont importants (présence régulière d’une tierce personne), ou lorsque des aménagements techniques ou du domicile sont nécessaires.

💡 Les conseils de Nolwenn News : 

Ne choisissez pas entre AEEH et PCH sans avoir fait estimer les deux options par votre MDPH ou une association spécialisée. Un écart de quelques centaines d’euros par mois peut s’avérer significatif sur la durée. Sachez également qu’il est possible de réviser ce choix si votre situation évolue notamment à l’occasion d’un renouvellement de dossier.

Comment faire sa demande d’AEEH ?

La demande s’effectue auprès de la MDPH de votre département de résidence. Le dossier comprend deux formulaires :

  • Le Cerfa n° 15692*01 : formulaire de demande commun à toutes les prestations MDPH
  • Le Cerfa n° 15695*01 : certificat médical détaillant le handicap et les besoins de l’enfant, à remplir par un médecin

À ces formulaires s’ajoutent : une pièce d’identité du représentant légal, un justificatif de domicile, le livret de famille ou l’acte de naissance de l’enfant, et les bilans médicaux et paramédicaux disponibles.

🔎 Cas pratique , le chemin du dossier :

1. Vous constituez le dossier (Cerfa + certificat médical + pièces justificatives) et le déposez à la MDPH en main propre, par courrier recommandé, ou en ligne via mdphenligne.cnsa.fr si votre département l’a déployé. 

2. La MDPH accuse réception et vérifie la complétude du dossier (délai : environ 1 mois). 

3. Une équipe pluridisciplinaire évalue les besoins de votre enfant. 

4. La CDAPH se réunit et statue sur la demande. 

5. En cas d’accord, la notification de décision vous est adressée. La CAF ou la MSA commence le versement le mois suivant.

Le délai de traitement est en pratique de 4 à 6 mois à compter du dépôt du dossier complet. L’AEEH est versée à compter du premier jour du mois suivant le dépôt de la demande et non à compter de la décision.

👉 Bon à savoir : 

Si vous avez déjà constitué un dossier MDPH pour votre enfant (pour une demande d’AESH, de PPS ou de reconnaissance du handicap) vous pouvez demander l’AEEH dans le même dossier, sans refaire l’ensemble de la démarche. Un seul formulaire Cerfa couvre toutes les demandes simultanément.

Avec quelles autres aides l’AEEH est-elle cumulable ?

L’AEEH est cumulable avec :

  • les allocations familiales ; 
  • l’allocation de rentrée scolaire (ARS) ; 
  • une partie de la PCH (frais d’aménagement, de véhicule, surcoûts de transport) sur dérogation.

En revanche, elle ne l’est pas avec :

  • la PCH dans son intégralité (droit d’option obligatoire) ; 
  • le CMG (Complément de libre choix du mode de garde) pour le même enfant.

Que faire si la demande est refusée ou si la situation évolue ?

En cas de décision défavorable de la CDAPH, deux voies sont possibles.

  • Le recours administratif préalable obligatoire (RAPO) 

Vous disposez de deux mois à compter de la notification pour contester la décision auprès de la CDAPH, par courrier recommandé avec accusé de réception. Joignez tout élément nouveau (bilan récent, compte rendu médical) qui n’était pas dans le dossier initial. 

Cette étape est obligatoire avant tout recours judiciaire.

  • Le recours contentieux

Si le RAPO ne donne pas satisfaction, vous pouvez saisir le Tribunal judiciaire.

Ce qu’il faut retenir

  • L’AEEH est versée sans condition de ressources par la CAF ou la MSA, sur décision de la CDAPH, pour tout enfant de moins de 20 ans dont le taux d’incapacité est d’au moins 50 % avec restriction d’accès à l’éducation, ou d’au moins 80 %.
  • Depuis le 1er avril 2026, le décret n° 2026-227 permet l’attribution de l’AEEH de base sans limitation de durée pour les taux compris entre 50 % et 79 %, en l’absence de perspective d’amélioration.
  • Le montant de base est de 153,01 €/mois. Six compléments de 114,76 € à 1 288,13 € peuvent s’y ajouter. La majoration pour parent isolé est de 459,93 €/mois. Le montant maximum est de 1 901,07 €/mois.
  • Le choix entre AEEH et PCH est un droit d’option : les deux ne sont pas cumulables dans leur intégralité. Ce choix mérite d’être simulé avec la MDPH ou une association.
  • La demande se fait via les Cerfa n° 1569201 et 1569501 auprès de la MDPH. Le délai de traitement est de 4 à 6 mois en pratique.
  • En cas de refus, le RAPO doit être déposé dans les deux mois suivant la notification, c’est une étape obligatoire avant tout recours judiciaire.

Le mot de la fin

L’AEEH reste l’une des aides les moins bien connues des familles qui pourraient en bénéficier. Beaucoup ne la demandent pas. D’autres la perçoivent sans avoir sollicité les compléments auxquels leur situation donne pourtant droit, faute d’information, ou parce que le dossier leur a semblé trop complexe à constituer.

Pourtant, l’écart entre l’allocation de base et un complément de catégorie 4 ou 5 peut représenter plusieurs centaines d’euros par mois. Se faire accompagner par une association, un travailleur social ou un CESF pour évaluer le bon niveau et justifier les frais réels change souvent l’issue du dossier.

Si vous n’avez pas encore déposé de demande ou si vous n’avez jamais réexaminé le complément accordé, c’est le moment de le faire.

FAQ

L’AEEH est-elle imposable ? 

Non. L’AEEH est exonérée d’impôt sur le revenu, comme toutes les prestations familiales. Elle ne figure pas dans le revenu imposable et n’a pas à être déclarée. Elle n’entre pas non plus dans le calcul de vos ressources pour les autres aides CAF.

À quel âge l’AEEH s’arrête-t-elle ? 

L’AEEH cesse le mois précédant le 20e anniversaire de l’enfant. À cet âge, il peut basculer vers l’AAH (Allocation aux adultes handicapés) si les conditions sont remplies. Le passage d’un dispositif à l’autre doit être anticipé : une demande d’AAH peut être déposée auprès de la MDPH avant les 20 ans pour éviter toute interruption de versement.

Peut-on demander l’AEEH si l’enfant est en internat ? 

Pas dans tous les cas. Si l’enfant est placé en internat avec prise en charge intégrale et permanente des frais d’hébergement, il n’ouvre pas droit à l’AEEH. En revanche, si la prise en charge est partielle (semaine scolaire seulement avec retours le week-end) le droit peut être maintenu. Vérifiez les conditions avec votre MDPH selon la situation concrète de votre enfant.

Combien de temps dure l’attribution du complément AEEH ? 

Contrairement à l’AEEH de base (qui peut désormais être attribuée sans limitation de durée pour les taux ≥ 50 % sans perspective d’amélioration), le complément AEEH conserve une durée limitée : entre 3 et 5 ans pour un taux ≥ 80 %, entre 2 et 5 ans pour un taux entre 50 % et 79 %. Un renouvellement du dossier sera donc nécessaire pour le complément.

L’AEEH peut-elle être versée si je suis séparé·e de l’autre parent ? 

Oui. L’AEEH est versée au parent qui assume la charge effective de l’enfant. En cas de résidence alternée, les deux parents peuvent demander un partage de l’allocation à parts égales auprès de la CAF. La majoration pour parent isolé, en revanche, ne s’applique qu’au parent qui élève seul l’enfant sans partage de résidence.

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