AJPP : l’allocation quand votre enfant est gravement malade

L’allocation journalière de présence parentale (AJPP) aide les parents qui doivent suspendre ou réduire leur activité pour s’occuper d’un enfant de moins de 20 ans gravement malade, accidenté ou handicapé. Versée par la CAF ou la MSA, elle s’élève en 2026 à 66,64 € par jour, dans la limite de 22 jours par mois et de 310 jours sur trois ans. Elle ne dépend pas de vos revenus.

Le diagnostic tombe, et tout le reste passe soudain au second plan. Quand un enfant est gravement malade, accidenté ou en situation de handicap, sa place est auprès de vous, et la vôtre auprès de lui. Mais il faut continuer à vivre, et souvent cesser de travailler pour être présent. Comment tenir, quand le salaire s’arrête au moment précis où les soins s’intensifient ?

C’est à cette question que répond l’allocation journalière de présence parentale. Beaucoup de parents l’ignorent, ou la confondent avec un congé ordinaire. Ce n’en est pas un. Elle ne dépend pas de vos revenus, elle s’adresse aussi bien aux salariés qu’aux indépendants ou aux demandeurs d’emploi, et elle se calcule jour par jour, selon le temps réellement passé auprès de l’enfant.

Son fonctionnement obéit à des règles précises, et des évolutions récentes ont allongé sa durée pour les pathologies les plus lourdes. Connaître ces règles avant d’en avoir besoin, c’est éviter de perdre des droits faute d’avoir déposé le bon document au bon moment.

Qu’est-ce que l’AJPP ?

Une allocation pour les jours passés auprès de son enfant

L’allocation journalière de présence parentale est une prestation familiale prévue par l’article L544-1 du Code de la sécurité sociale. Elle compense la perte de revenus du parent qui interrompt ou réduit son activité professionnelle pour accompagner un enfant dont l’état de santé exige une présence soutenue et des soins contraignants.

Vous percevez une allocation pour chaque journée, ou chaque demi-journée, réellement consacrée à votre enfant, dans la limite de 22 jours par mois. Vous n’êtes pas payé pour le mois entier, mais pour les jours d’absence que vous déclarez. 

C’est ce qui rend le dispositif souple : il s’adapte au rythme des soins, qu’ils soient continus ou espacés.

Le lien avec le congé de présence parentale

L’AJPP est la contrepartie financière du congé de présence parentale, encadré par les articles L1225-62 et suivants du Code du travail. Ce congé, que vous demandez à votre employeur, vous ouvre un capital de jours d’absence que vous mobilisez selon les besoins. 

L’allocation, elle, vient indemniser ces jours. Pour un salarié, les deux vont donc de pair : le congé protège l’emploi, tandis que l’allocation soutient le budget.

🔎 Cas pratique : 


Le fils de Karim, 8 ans, doit suivre un protocole de chimiothérapie sur plusieurs mois. Karim demande un congé de présence parentale à son employeur, puis dépose une demande d’AJPP auprès de sa CAF. Certaines semaines, il accompagne son fils trois jours ; d’autres, cinq. Il déclare chaque mois les jours réellement pris, et l’allocation est calculée en conséquence. Quand l’état de son fils s’améliore, il reprend le travail sans avoir épuisé tous ses droits, qui restent disponibles en cas de besoin.

Qui peut bénéficier de l’AJPP ?

Les conditions liées à l’enfant

L’enfant doit avoir moins de 20 ans et être à votre charge. Son état, qu’il résulte d’une maladie, d’un handicap ou d’un accident d’une particulière gravité, doit nécessiter une présence soutenue à ses côtés et des soins contraignants. Cette gravité est attestée par un certificat médical détaillé, établi par le médecin qui suit l’enfant, et soumise à l’avis du contrôle médical de l’assurance maladie.

Les conditions liées au parent

L’AJPP s’adresse à tous les parents, quel que soit leur statut professionnel. Vous pouvez en bénéficier si vous êtes salarié, fonctionnaire, travailleur indépendant, en formation professionnelle rémunérée ou demandeur d’emploi indemnisé. La condition commune est de cesser ou de réduire votre activité pour vous occuper de votre enfant. Le montant de base ne dépend pas de vos revenus : il est le même pour tous, que vous viviez en couple ou seul, que vos ressources soient élevées ou modestes.

Quel est le montant de l’AJPP en 2026 ?

Le montant journalier et le plafond mensuel

Depuis le 1er avril 2026, l’AJPP s’élève à 66,64 € par journée complète et à 33,32 € par demi-journée. Comme elle est plafonnée à 22 jours par mois, le montant mensuel maximal atteint 1 466,08 €. Ce montant est revalorisé chaque année au 1er avril, en fonction de l’inflation. Il est versé sans condition de ressources et reste identique quelle que soit votre situation familiale.

Bon à savoir

À Mayotte, le montant de l’AJPP est différent, il s’élève à 58,31 € par journée.

Le complément pour frais 

Si la maladie de votre enfant engendre des dépenses importantes non remboursées, un complément mensuel de 128,34 € peut s’ajouter à l’allocation. À la différence du montant de base, ce complément est soumis à un plafond de ressources. 

Pendant combien de temps est versée l’allocation journalière de présence parentale ? 

Le principe des 310 jours sur trois ans

Le droit à l’AJPP est ouvert pour une durée maximale de trois ans, au titre d’une même pathologie. Sur cette période, vous pouvez percevoir jusqu’à 310 jours d’allocation, ce qui représente environ quatorze mois à temps plein. Une fois ce capital posé, vous l’utilisez librement, en fonction de l’évolution de l’état de santé de votre enfant.

Le renouvellement : même maladie, rechute, et nouvelle pathologie

C’est le point le plus mal connu, et il recouvre trois situations distinctes.

  • D’abord, le renouvellement avant terme. 

Si, avant la fin des trois ans, la gravité de la pathologie nécessite toujours une présence soutenue et des soins contraignants, vous pouvez demander à renouveler une fois votre droit, au titre de la même maladie. Vos 310 jours peuvent alors être portés à 620 jours sur une période continue.

  • Ensuite, la rechute ou la récidive. 

Si, une fois les trois ans écoulés, la même pathologie réapparaît, un nouveau droit peut être ouvert.

  • Enfin, la nouvelle pathologie ou un autre enfant.

Si votre enfant développe une autre maladie, ou si un second enfant est concerné, un nouveau droit de trois ans et 310 jours peut être accordé.

Dans tous les cas, un nouveau certificat médical est nécessaire, et la demande doit être anticipée pour éviter une rupture de versement.

Ce qu’ont changé les lois de 2021 et 2023

La possibilité de doubler la durée de l’AJPP vient de la loi du 15 novembre 2021, pensée notamment pour les parents d’enfants atteints d’un cancer ou d’une pathologie lourde de longue durée. Elle a porté le droit potentiel de 310 à 620 jours au titre de la même maladie. 

La loi du 19 juillet 2023 a complété ces protections : elle renforce la protection des bénéficiaires du congé contre le licenciement et facilite l’accès au télétravail, pour les parents qui peuvent concilier une activité partielle et la présence auprès de leur enfant.

Comment faire la demande d’AJPP ?

Les pièces à réunir

La demande repose sur le formulaire de demande d’AJPP (Cerfa n° 12666), accompagné de plusieurs justificatifs. Le plus important est le certificat médical détaillé, établi par le médecin qui suit votre enfant, qui précise la nature de la pathologie, le caractère contraignant des soins et la durée prévisible. Ce certificat est adressé sous pli fermé au médecin-conseil de l’assurance maladie, qui rend un avis. Pour un salarié, une attestation de l’employeur confirmant le congé de présence parentale est également requise.

Le dépôt auprès de la CAF ou de la MSA et les délais

Vous déposez votre dossier auprès de votre CAF si vous relevez du régime général, ou de votre MSA si vous relevez du régime agricole. Pour les agents publics, l’allocation est versée dans les mêmes conditions, fixées par le Code de la sécurité sociale. 

Le délai d’instruction peut atteindre deux mois, car il dépend de l’avis du contrôle médical. Une fois le droit ouvert, l’allocation est versée chaque mois, à terme échu, sur la base des jours que vous déclarez.

💡 Les conseils de Nolwenn News : 


Trois réflexes pour ne pas perdre de droits : 

  • Déposez votre demande dès que le diagnostic est posé car l’instruction prend du temps. 
  • Demandez à votre médecin un certificat précis et complet : un document trop vague est la première cause d’avis défavorable. 
  • Si vous approchez de la fin de vos droits alors que l’état de votre enfant le justifie encore, anticipez le renouvellement plusieurs semaines avant l’échéance, pour éviter toute interruption de versement.

Cas particuliers et cumuls

Les deux parents et la monoparentalité

Les deux parents peuvent se partager les jours d’AJPP, dans la limite globale de 22 jours par mois pour le couple. L’un peut prendre l’essentiel des journées, ou les deux peuvent alterner, par exemple onze jours chacun. Un parent qui élève seul son enfant bénéficie des mêmes droits, sans démarche supplémentaire liée à sa situation.

Chômage, formation, télétravail

Si vous êtes demandeur d’emploi, vos allocations chômage sont suspendues le temps de l’AJPP, puis reprennent ensuite. Si vous êtes en formation rémunérée, le versement de l’AJPP reprend à la fin de la formation. Depuis la loi de 2023, le recours au télétravail est par ailleurs facilité pour les parents qui souhaitent maintenir une activité partielle.

Le cumul avec d’autres aides

L’AJPP ne se cumule pas, pour un même bénéficiaire, avec les revenus qui couvrent déjà la même période : indemnités journalières de maladie, de maternité, de paternité ou d’accident du travail, allocations chômage, pension de retraite ou d’invalidité, prestation partagée d’éducation de l’enfant (PreParE) ou allocation aux adultes handicapés. 

Pour un même enfant, elle n’est pas non plus cumulable avec le complément et la majoration de l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH). En revanche, l’AEEH de base continue d’être versée. Quand une autre prestation serait plus avantageuse, c’est le montant le plus élevé qui vous est versé.

Ce qu’il faut retenir

  • L’AJPP soutient le parent qui cesse ou réduit son activité pour un enfant de moins de 20 ans gravement malade, accidenté ou handicapé, sur le fondement de l’article L544-1 du Code de la sécurité sociale.
  • En 2026, elle s’élève à 66,64 € par jour et 33,32 € par demi-journée, dans la limite de 22 jours par mois, soit 1 466,08 € maximum. Un complément de 128,34 € existe sous conditions de ressources.
  • Le montant de base n’est pas soumis à conditions de ressources et concerne tous les statuts : salariés, indépendants, fonctionnaires, demandeurs d’emploi.
  • Le droit est ouvert pour 310 jours sur trois ans, qui peuvent être portés à 620 jours au titre de la même maladie depuis la loi du 15 novembre 2021.
  • La demande se fait par le formulaire Cerfa n° 12666, avec certificat médical et attestation employeur, auprès de la CAF ou de la MSA. L’instruction peut prendre deux mois.
  • L’AJPP ne se cumule pas avec les revenus de remplacement couvrant la même période, mais l’AEEH de base reste versée.

Le mot de la fin

Aucune allocation n’est en mesure d’effacer la maladie d’un enfant. Mais elle peut lever un poids, celui de devoir choisir entre être présent et continuer à faire vivre son foyer. C’est tout le sens de l’AJPP : reconnaître que la place d’un parent, dans ces moments, est auprès de son enfant, et que cette présence ne devrait pas se payer par la précarité.

Les démarches paraissent lourdes au pire moment pour s’en occuper. Si vous le pouvez, ne restez pas seul face au dossier : un travailleur social, le service social de l’hôpital ou votre caisse peuvent vous aider à le constituer. L’essentiel est de faire valoir un droit qui existe pour vous, précisément pour des jours comme ceux-là.

FAQ

Peut-on toucher l’AJPP si on continue à travailler à temps partiel ?


Oui. Le congé de présence parentale n’oblige pas à tout arrêter. Vous pouvez réduire votre activité et ne déclarer que les jours d’absence consacrés à votre enfant. Chaque journée prise est indemnisée, dans la limite de 22 par mois, et le recours au télétravail est facilité depuis 2023 pour concilier présence auprès de l’enfant et activité partielle.

L’AJPP est-elle imposable ?


Non. L’AJPP n’est pas soumise à l’impôt sur le revenu et n’a pas à être déclarée comme un salaire. Elle est également exonérée de CSG. Seule la CRDS, au taux de 0,5 %, est prélevée. C’est donc un soutien quasi net pour le budget du foyer, ce qui la distingue des indemnités journalières de maladie, elles, imposables.

Que se passe-t-il si le contrôle médical rend un avis défavorable ?


La CAF ou la MSA refuse alors l’allocation, le plus souvent parce que le certificat médical a été jugé insuffisant. Vous pouvez contester dans un délai de deux mois. Lorsque le désaccord porte sur l’appréciation médicale, ce qui est le cas le plus fréquent pour l’AJPP, la contestation relève de la commission médicale de recours amiable de votre caisse. Lorsqu’il porte sur un point administratif, c’est la commission de recours amiable qui est compétente. En cas de rejet, le litige peut être porté devant le pôle social du tribunal judiciaire. Avant toute chose, demandez à votre médecin un certificat plus complet : c’est souvent ce qui débloque le dossier.

Mon enfant vient d’avoir 20 ans : que deviennent mes droits ?


La condition d’âge s’apprécie à l’ouverture du droit, l’enfant devant avoir moins de 20 ans. Si le vôtre atteint cet âge en cours de période, renseignez-vous sans tarder auprès de votre caisse, car d’autres dispositifs peuvent prendre le relais. En cas de handicap ou de perte d’autonomie, l’allocation journalière du proche aidant peut notamment être mobilisée.

Combien de temps faut-il pour recevoir le premier versement ?


Comptez jusqu’à deux mois entre le dépôt du dossier et la première indemnisation, le temps que le contrôle médical rende son avis. C’est la raison pour laquelle il vaut mieux déposer la demande dès le diagnostic. Une fois le droit ouvert, l’allocation est versée chaque mois, à terme échu, sur la base des jours que vous déclarez.

Sources

Textes : Code de la sécurité sociale

  • Articles L. 544-1 à L. 544-9
  • Articles D. 544-1 à D. 544-11
  • Articles R. 544-1 et suivants
  • Article L. 541-1
  • Article L. 531-4
  • Article L. 168-8
  • Article L. 142-1
  • Articles R. 142-8 et suivants

Textes : Code du travail

  • Articles L. 1225-62 à L. 1225-65

Lois

  • Loi n° 2021-1484 du 15 novembre 2021 visant à améliorer les conditions de présence parentale auprès d’un enfant dont la pathologie nécessite un accompagnement soutenu
  • Loi n° 2023-622 du 19 juillet 2023 visant à renforcer la protection des familles d’enfants atteints d’une maladie ou d’un handicap ou victimes d’un accident d’une particulière gravité

Textes réglementaires et administratifs

  • Instruction interministérielle du 20 mars 2026 relative à la revalorisation au 1ᵉʳ avril 2026 des prestations familiales servies en métropole et outre-mer
  • Instruction interministérielle n° DSS/2B/2025/177 du 18 décembre 2025 relative à la revalorisation au 1ᵉʳ janvier 2026 des plafonds de ressources d’attribution de certaines prestations familiales
  • Arrêté du 18 décembre 2025 relatif aux plafonds de ressources de certaines prestations familiales
  • Circulaire du 27 avril 2006 relative à l’allocation journalière de présence parentale et au congé de présence parentale
  • Formulaire Cerfa n° 12666
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