Une main qui met une bague à une autre main

Mariage des mineurs : ce que dit la loi et ce que la réalité nous apprend

On l’imagine volontiers comme une pratique lointaine, cantonnée à des régions du monde que l’on associe à d’autres normes et à d’autres temps. Pourtant, en France, les filles pouvaient légalement se marier à 15 ans jusqu’en 2006. Et aujourd’hui encore, une exception subsiste dans notre Code civil qui permet, sous conditions, de célébrer un mariage avant 18 ans.

Le mariage des mineurs n’est pas une réalité d’ailleurs. C’est une pratique que la France a encadrée sans l’avoir entièrement éradiquée, pendant que des millions d’enfants dans le monde continuent d’y être exposés sans même un cadre légal pour les protéger.

Qu’est-ce que le mariage des mineurs ? Que permet  et qu’interdit la loi française sur le mariage avant 18 ans ? Quelles en sont les conséquences réelles pour les enfants concernés ? Et quel est le lien avec le mariage forcé ?

Nolwenn News vous répond.

Le mariage avant 18 ans en France : une interdiction de principe

Depuis la loi n° 2006-399 du 4 avril 2006, l’article 144 du Code civil est sans ambiguïté : le mariage ne peut être contracté avant 18 ans révolus. Cette règle s’applique à tous, sans distinction de sexe.

Mais ça n’a pas toujours été le cas. Avant cette réforme, les jeunes filles pouvaient se marier dès 15 ans, tandis que les garçons devaient attendre leur majorité. Cette inégalité n’était pas anodine : elle exposait les adolescentes à des unions parfois imposées par leur famille, sous couvert d’une légalité qui les privait de toute protection réelle. C’est précisément pour y mettre fin que le législateur a relevé l’âge légal à 18 ans pour les deux sexes, en liant explicitement cette réforme à la lutte contre les mariages forcés.

Aujourd’hui, la règle est donc claire pour tout mariage célébré sur le territoire français : vous devez être majeur pour vous marier, c’est-à-dire avoir au moins 18 ans. Cette exigence s’applique que vous soyez Français ou étranger, résident en France ou non.

👉 Bon à savoir : 

Avant 2006, la différence d’âge légal au mariage entre les filles (15 ans) et les garçons (18 ans) était inscrite dans le Code civil depuis le Code Napoléon de 1804. Il aura fallu deux siècles pour que cette discrimination soit supprimée.

La dérogation : quand le mariage avant 18 ans reste possible

L’interdiction n’est pas absolue. En effet, le Code civil prévoit une exception : un mineur peut, à titre exceptionnel, être autorisé à se marier avant ses 18 ans. Mais les conditions sont strictes, et la procédure ne laisse aucune place à l’arbitraire familial.

Deux autorisations sont obligatoirement requises

  • La première est une dispense d’âge accordée par le procureur de la République, pour des motifs graves. En pratique, le motif le plus souvent invoqué et accepté est la grossesse de la future épouse. 
  • La seconde est l’accord d’au moins l’un des parents du mineur.

Si les deux parents sont décédés, c’est le consentement des grands-parents qui prend le relais. En l’absence d’ascendants en mesure de se prononcer, c’est le conseil de famille qui statue.

Ces deux conditions sont cumulatives : sans l’une ou l’autre, le mariage ne peut pas être célébré. Et même lorsqu’elles sont réunies, c’est le procureur qui apprécie souverainement la gravité des motifs. Ainsi, il ne s’agit pas d’un droit automatique, mais d’une faculté exercée sous contrôle judiciaire.

❓ Le saviez-vous ? 

Un mineur émancipé (c’est-à-dire qui a obtenu une capacité juridique proche de celle d’un majeur, généralement par décision du juge des tutelles) n’échappe pas à la règle. Même émancipé, il doit obtenir une dispense du procureur de la République pour se marier avant 18 ans.

Les effets juridiques du mariage d’un mineur

Si toutes les conditions sont réunies et que le mariage est célébré, ses effets juridiques sont immédiats et importants.

Tout d’abord, le mineur marié est automatiquement émancipé. Cela signifie qu’il acquiert une capacité juridique équivalente à celle d’un majeur : il peut conclure des contrats, agir en justice en son propre nom, ou gérer ses biens. Il cesse d’être soumis à l’autorité parentale.

Cette émancipation est définitive : elle ne disparaît pas si le mariage prend fin ultérieurement par divorce ou par le décès du conjoint.

En revanche, un mariage de mineurs célébré sans le respect des conditions légales (notamment sans la dispense du procureur) est frappé de nullité absolue. Cette nullité peut être demandée par les époux eux-mêmes, par toute personne intéressée, ou par le ministère public, dans un délai de trente ans à compter de la célébration.

👆 Bon à savoir : 

La nullité du mariage d’un mineur célébré sans dispense d’âge est distincte de la nullité pour défaut de consentement parental. Dans ce second cas, seuls les parents dont le consentement était requis (ou l’époux lui-même) peuvent agir en nullité, dans un délai de cinq ans.

Le mariage des mineurs dans le monde : une réalité massive, persistante et sous-estimée

En France, le mariage des mineurs est une exception encadrée. À l’échelle mondiale, c’est encore une réalité quotidienne pour des millions d’enfants.

Selon l’UNICEF, une fille sur cinq dans le monde est mariée avant ses 18 ans. Chaque année, environ 12 millions d’adolescentes sont concernées, soit une toutes les trois secondes. Au total, on estime à 640 millions le nombre de femmes aujourd’hui en vie qui ont été mariées pendant leur enfance.

Le phénomène touche principalement l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud, qui concentrent les taux les plus élevés. En Afrique subsaharienne, 34 % des femmes ont été mariées avant 18 ans, et cette proportion dépasse 50 % dans plusieurs pays. Mais aucune région du monde n’est épargnée : l’Amérique latine, le Moyen-Orient et même certains pays européens sont concernés à des degrés divers.

Le mariage des mineurs n’est pas un phénomène exclusivement féminin, même s’il frappe les filles de manière disproportionnée. L’UNICEF estime que 115 millions de garçons et d’hommes dans le monde ont également été mariés durant leur enfance.

Les causes sont connues et souvent imbriquées : pauvreté, faible accès à l’éducation, normes de genre profondément ancrées, instabilité politique et conflits armés. Dans les situations de crise humanitaire, le risque de mariage précoce augmente significativement, les familles cherchant parfois à « protéger » leurs filles en les mariant rapidement.

Les conséquences, elles, sont graves. Les filles mariées avant 18 ans sont davantage exposées aux violences domestiques, aux grossesses précoces à risque, première cause de mortalité chez les adolescentes dans les pays concernés, et à l’isolement social. Leur scolarité est interrompue, leur autonomie économique compromise, et leur avenir restreint. Par ailleurs, ces effets se transmettent : les enfants nés de mères elles-mêmes mariées enfants présentent des indicateurs de santé et de développement plus faibles.

Le saviez-vous ?

Les progrès existent et sont réels : selon l’UNICEF, 25 millions de mariages d’enfants ont été évités dans le monde au cours de la dernière décennie, grâce notamment à l’augmentation de la scolarisation des filles et aux programmes d’autonomisation. Mais le rythme reste insuffisant au regard de l’objectif fixé par les Nations Unies : l’élimination du mariage des enfants d’ici 2030.

Mariage des mineurs et mariage forcé : deux réalités distinctes, souvent liées

On confond fréquemment les deux notions. Cependant, si elles sont proches, elles ne se recoupent pas entièrement.

Le mariage forcé désigne une union dans laquelle l’une des parties (ou les deux) n’a pas donné son consentement libre et éclairé. Il peut concerner des adultes comme des mineurs. C’est une atteinte à la liberté individuelle, reconnue comme telle par le droit français et le droit international.

Le mariage des mineurs, lui, désigne toute union qui implique un enfant de moins de 18 ans, qu’elle soit consentie ou non. Ainsi, un mineur peut techniquement consentir à se marier, mais cela ne fait pas disparaître les interrogations sur la maturité réelle de ce consentement, ni sur les pressions familiales ou culturelles qui ont pu le façonner.

En pratique, les deux phénomènes se superposent fréquemment. Le mariage d’un enfant est, dans la grande majorité des cas, soit forcé, soit imposé dans un contexte où la notion même de consentement libre est compromise par l’âge, la dépendance familiale et l’absence d’alternatives.

En France, le mariage forcé est une infraction pénale. L’article 222-14-4 du Code pénal punit de trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende le fait de contraindre une personne à contracter un mariage. Cette peine est portée à cinq ans et 75 000 euros lorsque la victime est mineure.

👉 Bon à savoir : 

Le mariage forcé d’un mineur célébré à l’étranger pose une question juridique spécifique. En effet, dans certains cas, il peut être reconnu en France malgré son incompatibilité avec l’ordre public français. Des dispositions permettent toutefois de refuser cette reconnaissance ou de faire annuler ce type d’union lorsqu’elle heurte les principes fondamentaux du droit français, notamment l’exigence du consentement libre.

Que faire si vous êtes concerné ?

Que vous soyez un mineur exposé à une pression familiale pour vous marier, un parent inquiet pour son enfant, ou un professionnel en contact avec une situation à risque, des ressources existent.

Le 3919 (Violences Femmes Info) est le numéro national d’écoute et d’orientation pour les femmes victimes de violences, y compris le mariage forcé. Appel anonyme et gratuit, disponible 7 jours sur 7.

La Fédération GAMS, Voix de Femmes et le Planning Familial accompagnent spécifiquement les victimes de mariage forcé. Un avocat en droit de la famille peut également vous aider à engager une procédure d’annulation ou à faire valoir vos droits devant le juge aux affaires familiales (JAF).

💡 Les conseils de Nolwenn News : 

Si vous êtes un professionnel de l’éducation, du travail social ou de la santé et que vous avez des raisons sérieuses de penser qu’un mineur est exposé à un mariage forcé, vous avez la possibilité, et parfois l’obligation, de signaler la situation au procureur de la République. Le signalement n’est pas une trahison : c’est souvent la seule protection réelle dont dispose l’enfant concerné.

Le mot de la fin

Le mariage des mineurs est une réalité qui dérange, parce qu’elle oblige à regarder à la fois loin vers des pays où la pratique reste massive, et près de nous, vers une histoire française récente et une exception légale qui existe toujours.

La loi de 2006 a marqué une avancée réelle. Mais une loi ne suffit pas à elle seule à protéger un enfant dont la famille, le milieu ou les circonstances le conduisent vers une union précoce. La protection des mineurs face au mariage passe aussi par l’éducation, l’accès aux droits, la connaissance des recours existants et la capacité des adultes qui les entourent à reconnaître les signes d’une situation à risque.

Si vous êtes concerné par cette situation, directement ou indirectement, ne restez pas seul avec cette question. Des professionnels et des associations sont formés pour vous accompagner, en toute confidentialité.

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