Quelles clauses insérer dans son contrat de mariage ?

Vous avez décidé de vous marier et vous savez déjà que vous voulez faire un contrat de mariage. Mais entre la clause de préciput, l’attribution intégrale ou encore la clause alsacienne, difficile de s’y retrouver ! Ces clauses spécifiques du contrat de mariage ne sont pas de simples termes juridiques obscurs : ce sont des outils précieux pour construire une protection sur-mesure de votre couple.

Imaginez ces clauses comme une boîte à outils dans laquelle vous pouvez piocher pour bâtir exactement la protection dont vous avez besoin. En effet, un entrepreneur qui veut protéger son activité n’aura pas les mêmes besoins qu’un couple qui souhaite avant tout assurer l’avenir du conjoint survivant. C’est pourquoi il est essentiel de bien comprendre l’objectif de chaque clause pour faire les bons choix. 

Nolwenn News vous présente les différentes clauses qui s’offrent à vous et vous explique comment les choisir en fonction de votre situation personnelle.

Les clauses qui protègent le conjoint survivant

Parmi les préoccupations majeures des couples, la protection du conjoint survivant arrive souvent en tête de liste. Et pour cause : personne ne souhaite voir son partenaire de vie se retrouver en difficulté après son décès. Les clauses de protection du conjoint sont justement là pour ça.

La clause de préciput : une protection ciblée

La clause de préciput prévue par l’article 1515 du Code civil permet au conjoint survivant de prélever un ou plusieurs biens de la communauté avant tout partage, et ce, sans avoir à verser d’indemnité aux héritiers. 

Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? 

Imaginons que vous souhaitez que votre conjoint puisse conserver votre résidence principale après votre décès. Grâce à la clause de préciput, il pourra récupérer ce bien sans avoir à « racheter » leur part aux autres héritiers, sans que cela vienne s’imputer sur la sienne et sans se retrouver en indivision avec eux.

❓Le saviez-vous ?

La clause de préciput n’est pas considérée comme une donation mais comme un avantage matrimonial. Elle échappe donc aux droits de succession, ce qui représente un avantage fiscal non négligeable pour le conjoint survivant.

La clause d’attribution intégrale : une protection maximale

Vous souhaitez aller plus loin dans la protection de votre conjoint ? La clause d’attribution intégrale de la communauté pourrait être la solution. Particulièrement adaptée aux couples sans enfant ou avec des enfants communs, elle permet, comme son nom l’indique, d’attribuer l’ensemble des biens communs au conjoint survivant. 

⚠️ Attention : 

En présence d’enfants d’une précédente union, cette clause peut être remise en cause par l’action en retranchement. Cela signifie que les enfants peuvent demander que la part attribuée au conjoint survivant soit réduite à la quotité disponible légale. Concrètement, la loi réserve obligatoirement une partie du patrimoine aux enfants (appelée la réserve héréditaire) : la moitié quand il y a  un enfant, les deux tiers quand il y a  deux enfants, les trois quarts quand il y a trois enfants ou plus. La quotité disponible (ce dont on peut disposer librement) est donc respectivement de la moitié, un tiers ou un quart du patrimoine. C’est cette part maximale que pourra recevoir le conjoint survivant en présence d’enfants d’une précédente union.

💡 Les conseils de Nolwenn News : 

Pour une protection optimale de votre conjoint, pensez à combiner ces clauses avec d’autres dispositifs comme l’assurance-vie ou la donation au dernier vivant. Cette approche globale permet de construire un véritable bouclier protecteur adapté à votre situation.

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Les clauses adaptées aux entrepreneurs et professions libérales

En tant qu’entrepreneur ou profession libérale, votre situation mérite une attention particulière. Et pour cause, les aléas de la vie professionnelle ne doivent pas mettre en péril le patrimoine familial ! Certaines clauses ont été spécialement pensées pour répondre à ces enjeux. Mais attention : au-delà des clauses, le choix même du contrat de mariage (séparation de biens, société d’acquêts, etc.) est tout aussi déterminant pour assurer la meilleure protection de votre activité et de votre famille.

La clause de prélèvement moyennant indemnité : garder la main sur son outil de travail

Dans un régime de communauté, cette clause permet à l’entrepreneur de conserver son outil professionnel en cas de séparation ou de décès. Comment ? En lui donnant la priorité pour « racheter » les biens nécessaires à son activité. Par exemple, si vous êtes propriétaire d’un fonds de commerce tombé en communauté, vous pourrez le conserver en indemnisant votre conjoint ou ses héritiers de leur part. Cela évite que le bien soit vendu ou partagé, et garantit la continuité de l’activité professionnelle.

👉 Bon à savoir : 

La valeur du bien prélevé est calculée au jour du partage, ce qui permet une évaluation plus juste de l’indemnité à verser.

Les clauses de gestion des biens professionnels

Dans le cadre d’un mariage sous le régime de la communauté, l’article 1421, alinéa 2 du Code civil, prévoit que l’époux qui exerce une activité professionnelle à titre personnel (profession libérale, commerçant, artisan, indépendant, etc.) dispose seul du pouvoir d’accomplir tous les actes d’administration et de disposition nécessaires à cette activité. Cette autonomie s’applique non seulement à la gestion courante (paiement de factures, souscription d’assurances, achat ou vente de matériel, etc.), mais aussi aux biens communs affectés à la profession (par exemple, cession d’actions ou vente d’un véhicule professionnel).

Cependant, il est parfois utile d’aller plus loin que ce que prévoit la loi :

  • certaines clauses spécifiques peuvent être prévues dans le contrat de mariage pour écarter l’entrée en communauté de certains biens professionnels (comme un fonds de commerce ou un cabinet libéral acquis ou créé pendant le mariage).
  • d’autres peuvent organiser la gestion exclusive d’un bien par un seul époux, dans l’hypothèse où la gestion exclusive du Code civil ne serait pas jugée suffisante ou adaptée à votre organisation.

Ainsi, le contrat de mariage peut offrir une protection sur-mesure et une grande souplesse pour la gestion du patrimoine professionnel au sein du couple.

💡 Les conseils de Nolwenn News :

Pour les entrepreneurs, le régime de la séparation de biens reste la protection la plus efficace. Il permet une totale indépendance dans la gestion de l’activité professionnelle et protège le patrimoine du conjoint des risques liés à l’entreprise. Si vous souhaitez tout de même créer une forme de communauté limitée, vous pouvez opter pour une séparation de biens avec société d’acquêts, où seuls certains biens déterminés (comme la résidence principale) seront mis en commun.

Les clauses utiles pour les familles recomposées

Les familles recomposées font face à un défi particulier : concilier la protection du nouveau conjoint avec les intérêts des enfants issus de précédentes unions. Certaines clauses spécifiques du contrat de mariage permettent de protéger cet équilibre délicat.

La clause alsacienne : prévoir l’avenir sereinement

Cette clause intelligente prévoit différentes règles selon que le mariage prend fin par divorce ou par décès. En cas de divorce, chacun reprend ses biens propres comme dans une séparation de biens classique. En cas de décès, le conjoint survivant bénéficie d’une protection renforcée. 

La clause alsacienne est essentiellement utilisée dans les contrats de communauté universelle : elle permet, en cas de divorce, d’éviter que l’ensemble des biens tombe en communauté et d’assurer à chaque époux la reprise de ses apports. C’est une solution particulièrement adaptée aux familles recomposées, car elle rassure tous les membres de la famille sur la juste répartition du patrimoine selon le scénario rencontré.

Les clauses de partage inégal : ajuster selon les besoins

Ces clauses permettent de moduler la répartition des biens communs selon votre situation familiale. Par exemple, vous pouvez prévoir que le conjoint survivant recevra une part plus importante de la communauté, tout en préservant une part significative pour les enfants. La répartition peut être fixée en pourcentages (par exemple 75/25) ou porter sur des biens spécifiques.

Les clauses de composition du patrimoine 

Vous souhaitez personnaliser la répartition de vos biens au sein du couple ? Les clauses de composition du patrimoine vous permettent d’ajuster finement ce qui sera commun ou propre dans votre régime matrimonial.

Les clauses d’apport à la communauté

Ces clauses permettent d’inclure dans la communauté des biens qui seraient normalement propres. Par exemple, vous pouvez décider de mettre en commun un bien reçu par succession ou donation. Cette option correspond particulièrement aux couples qui souhaitent une plus grande union patrimoniale.

❓Le saviez-vous ?

L’apport peut être total ou partiel. Vous pouvez choisir de ne mettre en commun que certains biens spécifiques, comme les biens professionnels ou immobiliers.

Les clauses de restriction de la communauté

À l’inverse, ces clauses permettent d’exclure de la communauté certains biens qui y tomberaient normalement. Cette option est particulièrement prisée des entrepreneurs qui souhaitent protéger leur outil de travail ou des personnes qui veulent conserver certains biens en propre.

Les clauses techniques de gestion 

Ces clauses permettent d’organiser précisément qui paie quoi et comment.

Les clauses d’aménagement de la répartition des dettes

Les époux peuvent aménager dans leur contrat de mariage la répartition définitive de certaines dettes entre la communauté et les patrimoines propres. Par exemple, ils peuvent convenir que la communauté supportera à titre définitif (c’est-à-dire sans qu’il y ait droit à récompense) le remboursement d’un emprunt contracté pour construire un logement sur un terrain propre à l’un des conjoints, des dettes délictuelles, ou même la totalité du passif, quel que soit le régime de communauté adopté.

Attention : ces aménagements ne peuvent jamais porter atteinte aux droits des créanciers. Autrement dit, ils ne modifient que la répartition de la dette entre les époux eux-mêmes, et non l’obligation de payer vis-à-vis des tiers. En pratique, de telles clauses peuvent avantager l’époux débiteur puisqu’elles le dispensent de devoir une récompense à la communauté, créant ainsi un avantage matrimonial à prendre en compte en cas de divorce ou de succession, notamment en présence d’enfants d’une précédente union.

👉 Bon à savoir :

Les créanciers peuvent toujours agir sur le patrimoine commun ou propre de l’époux débiteur, quelle que soit la clause prévue dans le contrat de mariage. Les aménagements ne valent qu’entre les époux.

Les clauses dérogatoires au système des récompenses

Dans le régime de la communauté, la règle des récompenses s’applique automatiquement : si la communauté finance un bien propre, ou inversement, si un époux utilise ses biens propres pour enrichir la communauté, une compensation, appelée récompense, est due lors de la liquidation du régime matrimonial. Mais il est possible, par une clause insérée dans le contrat de mariage, de déroger à ce principe.

Par exemple, les époux peuvent convenir que certaines dépenses ne donneront lieu à aucune récompense, ou que la méthode de calcul de la récompense sera différente de celle prévue par la loi. Cela peut concerner, par exemple, le financement d’améliorations sur un bien propre avec des fonds communs, ou l’acquisition de certains biens.

❓Le saviez-vous ?

Les deux types de clauses – aménagement de la répartition des dettes et dérogation aux récompenses – sont proches : la première vise la charge de la dette, la seconde la compensation financière entre masses. Elles peuvent être combinées pour organiser sur-mesure les flux économiques du couple, mais nécessitent une rédaction experte et une analyse précise de leurs effets patrimoniaux.

💡 Les conseils de Nolwenn News : 

Pensez à l’évolution possible de votre situation. Une clause qui vous semble parfaite aujourd’hui le sera-t-elle encore dans quelques années ? Bonne nouvelle : vous pouvez modifier votre contrat de mariage à tout moment. La modification du contrat de mariage nécessite l’intervention d’un notaire et l’information des enfants majeurs et des créanciers, qui disposent d’un délai de 3 mois pour s’y opposer le cas échéant.

Les clauses prohibées : ce qui n’est pas permis dans un contrat de mariage

Le contrat de mariage offre une grande liberté… mais cette liberté connaît des limites strictes posées par le Code civil et la jurisprudence. Sont nulles ou réputées non écrites toutes les clauses qui contreviennent à l’ordre public, aux bonnes mœurs, aux droits fondamentaux des époux, ou qui dénaturent l’économie du régime matrimonial choisi.

Les clauses contraires à l’ordre public et aux bonnes mœurs

Sont prohibées les clauses qui heurtent les principes fondamentaux du droit français ou la dignité humaine :

  • clauses de viduité à des fins malveillantes (par exemple, interdire à un conjoint de se remarier par jalousie posthume ou volonté vexatoire) ; 
  • clauses discriminatoires (conditionner un avantage à la religion, à l’origine, à l’appartenance à un groupe, etc.) ; 
  • clauses qui portent atteinte à la liberté du mariage (ex. : interdire de se marier ou de divorcer, imposer une résidence obligatoire, etc.) ; 
  • clauses contraires à d’autres législations d’ordre public (ex. : attribuer des droits sur une exploitation agricole en méconnaissance du code rural, etc.).

Les clauses contraires aux droits et devoirs résultant du mariage (régime primaire)

Les articles 212 à 226 du Code civil, dits « régime primaire », s’appliquent à tous les couples mariés, quel que soit leur régime matrimonial. Ainsi, sont nulles :

  • les clauses qui restreignent l’égalité ou l’autonomie des époux (ex : restreindre la liberté d’exercer une activité professionnelle indépendante) ; 
  • les clauses qui limitent la protection du logement familial ;
  • les clauses qui écartent les règles de gestion des biens communs ou propres (ex : clause d’unité d’administration, clause de représentation mutuelle).

Les clauses qui portent atteinte à la capacité des personnes ou à l’égalité des époux

Il est interdit de restreindre la capacité légale d’un époux, notamment celle de la femme. Par exemple :

  • les clauses qui interdisent à une femme mariée de s’obliger, même avec autorisation ;
  • les clauses sexistes ou discriminatoires (ex : imposer un devoir d’obéissance de la femme ou conférer des prérogatives exclusives au mari).

Les clauses qui modifient ou neutralisent l’économie du régime matrimonial

Le contrat de mariage ne doit pas permettre de contourner la loi ou de dénaturer le régime choisi. Ainsi, sont réputées nulles : 

  • les clauses qui permettent une qualification fluctuante des biens selon le bon vouloir des époux en cours de mariage ; 
  • les clauses qui subordonnent la qualification d’un bien à un critère subjectif non prévu par la loi ;
  • les conventions qui altèrent l’économie d’un régime (ex : conventions occultes dans le régime de participation aux acquêts, arrangements qui neutralisent les effets du régime choisi, etc.).

❓Le saviez-vous ?

La nullité d’une clause prohibée n’entraîne pas nécessairement celle du contrat de mariage dans son ensemble, sauf si cette clause en constituait un élément essentiel pour les époux (c’est-à-dire qu’ils n’auraient pas contracté sans elle).

💡Les conseils de Nolwenn News : 

Le notaire est votre meilleur allié dans la rédaction de votre contrat de mariage. En tant qu’officier public, il a l’obligation de s’assurer de la légalité des clauses qu’il rédige. Posez-lui toutes vos questions sur les conséquences concrètes de chaque clause. Plus vous serez transparent sur vos attentes et votre situation, mieux il pourra vous conseiller sur les options les plus adaptées.

Le mot de la fin 

Choisir les bonnes clauses pour son contrat de mariage n’est pas qu’une question juridique : c’est avant tout une façon de prendre soin de sa famille et de son avenir. Que vous souhaitiez protéger votre conjoint, préserver votre activité professionnelle ou organiser sereinement la vie d’une famille recomposée, il existe forcément une clause ou une combinaison de clauses adaptées à votre situation.

Mais attention, ce ne sont pas des options à cocher au hasard ! Chacune d’elle impacte votre vie quotidienne et votre patrimoine. C’est pourquoi il est essentiel de bien réfléchir à vos besoins actuels et futurs, et surtout de vous faire accompagner par des professionnels. Votre avocat en droit de la famille et votre notaire sauront vous guider vers les clauses les plus pertinentes.

Votre contrat de mariage n’est pas gravé dans le marbre. La vie évolue, vos besoins aussi, et la loi vous permet d’adapter vos clauses en conséquence. L’essentiel est de construire une protection qui vous ressemble et qui saura s’adapter aux différentes étapes de votre vie.

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