« Nous ne pouvons accepter les niveaux de risque auxquels cette activité est et a été associée. » Ces mots prononcés par Anna Singer, directrice de la Commission suédoise de l’adoption, résonnent comme un coup de tonnerre dans le monde de l’adoption internationale. Le 2 juin 2025, la Suède, l’un des pays les plus actifs en matière d’adoption internationale, annonce vouloir mettre un terme à cette pratique après des décennies d’irrégularités. Cette décision historique intervient alors que plusieurs pays européens remettent en question leurs politiques d’adoption et révèlent les failles profondes d’un système censé protéger les enfants les plus vulnérables.
L’adoption internationale, longtemps présentée comme une solution idéale pour offrir une famille aux enfants qui en sont privés, fait face aujourd’hui à une crise majeure. Entre trafic d’enfants, falsification de documents et consentements douteux, les révélations s’accumulent et forcent les pays à repenser entièrement leurs approches. Le cas suédois, particulièrement documenté, permet de comprendre comment un système mis en place avec les meilleures intentions peut dériver vers des pratiques éthiquement contestables. Nolwenn News vous explique.
Des révélations qui ébranlent la Suède
L’enquête menée par la commission gouvernementale suédoise révèle des pratiques alarmantes qui se sont étendues sur plusieurs décennies. Des enfants déclarés morts à la naissance alors qu’ils étaient bien vivants, des parents biologiques privés de leur consentement éclairé ou mal informés des conséquences de leur décision, des documents systématiquement falsifiés, etc. Le rapport dresse un tableau accablant des dysfonctionnements.
Plus grave encore, ces irrégularités touchent l’ensemble des périodes étudiées, des années 1970 jusqu’aux années 2000. Des cas confirmés de trafic d’enfants ont été documentés dans plusieurs pays, notamment au Sri Lanka et en Colombie dans les années 1970-1980, en Pologne dans les années 1990, et en Chine dans les années 1990-2000.
👉 Bon à savoir :
La Suède compte environ 60 000 personnes adoptées à l’étranger depuis 1960, ce qui en fait l’un des pays qui a le plus recours à l’adoption internationale proportionnellement à sa population. Les adoptions internationales ont drastiquement diminué depuis les années 1980 : alors qu’on comptait plus de 900 adoptions en 1985, Adoptionscentrum (la plus grande agence d’adoption du pays) rapporte seulement une quinzaine d’adoptions depuis le début de l’année 2025.
L’adoption internationale, un système aux multiples failles
L’enquête suédoise met en lumière les défaillances structurelles de l’adoption internationale. Au cœur du problème : un système qui privilégie la demande des pays adoptants plutôt que l’intérêt supérieur des enfants. Les organisations privées d’adoption, soumises à une pression croissante pour « trouver » des enfants adoptables, ont parfois fermé les yeux sur des pratiques douteuses.
Dans certains pays d’origine, de véritables réseaux criminels se sont constitués, et impliquent personnel hospitalier, avocats, policiers et fonctionnaires. Au Chili et en Colombie, des mères racontent ainsi comment leurs enfants ont été enlevés dans des crèches et des hôpitaux. Ces témoignages bouleversants révèlent l’ampleur des traumatismes causés par ces pratiques illégales.
❓Le saviez-vous ?
La Convention de La Haye de 1993 sur l’adoption internationale a été adoptée précisément pour prévenir ces dérives. Elle impose des garanties strictes comme :
- la vérification de l’adoptabilité réelle de l’enfant ;
- le consentement éclairé des parents biologiques ;
- l’interdiction de tout gain matériel indu.
Un mouvement de remise en question qui s’étend en Europe
La décision suédoise s’inscrit dans un mouvement plus large de remise en question de l’adoption internationale en Europe. Les Pays-Bas ont déjà franchi le pas en 2021 et ont totalement interdit les adoptions internationales après la publication d’un rapport accablant sur des abus systémiques. Le Danemark a cessé ses activités de facilitation d’adoption, tandis que la Norvège mène actuellement une enquête approfondie sur les adoptions en provenance de Corée du Sud.
👉 Bon à savoir :
On parle d’abus systémiques lorsque les problèmes ne sont pas des cas isolés mais font partie intégrante du fonctionnement même du système. Ces dysfonctionnements sont si profondément ancrés dans les processus qu’ils ne peuvent être corrigés par de simples ajustements, ce qui explique pourquoi certains pays optent pour une interdiction totale.
La région belge de Flandre n’est pas en reste, avec la suspension des adoptions internationales suite à la découverte de malversations dans les adoptions depuis l’Éthiopie, la Gambie, Haïti et le Maroc. Ces décisions successives témoignent d’une prise de conscience collective des risques inhérents au système actuel.
💡 Les conseils de Nolwenn News :
Pour les familles engagées dans un processus d’adoption internationale :
- privilégiez les pays signataires de la Convention de La Haye qui offrent un cadre juridique plus protecteur ;
- vérifiez la légalité et la traçabilité de chaque document ;
- faites-vous accompagner par des professionnels agréés ;
- restez vigilants face aux procédures trop rapides ou simplifiées ;
- gardez à l’esprit que l’intérêt de l’enfant doit primer toute autre considération.
Vers une réforme profonde du système ?
Face à ces révélations, la commission suédoise propose des mesures radicales : l’interdiction totale des adoptions internationales, des excuses officielles de l’État aux personnes concernées et la mise en place d’un soutien à long terme pour les adoptés et leurs familles. La ministre des Services sociaux, Camilla Waltersson, reconnaît la gravité de la situation : « Nous avons encore mieux compris que des enfants et des parents ont été affectés et lésés pendant des décennies. »
Certains acteurs, comme Adoptionscentrum, plaident pour une réforme plutôt qu’une interdiction totale. Selon Margret Josefsson, vice-présidente du Centre d’adoption : « Si l’alternative pour un enfant est de grandir dans une institution, grandir dans une famille sûre dans un autre pays pourrait être dans l’intérêt supérieur de l’enfant. »
Cette crise majeure nous force à repenser fondamentalement l’adoption internationale. Comment garantir une pratique éthique qui place véritablement l’intérêt de l’enfant en son centre ? Comment s’assurer que les droits des familles biologiques sont respectés ? Comment lutter efficacement contre les réseaux de trafic d’enfants ?
Les réponses à ces questions essentielles détermineront l’avenir de l’adoption internationale. En attendant, la priorité reste la protection des droits des enfants et la mise en place de procédures transparentes et éthiques, conformes aux conventions internationales. Les pays doivent également assumer leur responsabilité historique et accompagner les personnes adoptées dans leur quête de vérité sur leurs origines.



