La Corée du Sud reconnaît sa responsabilité dans des adoptions internationales abusives

Une reconnaissance historique qui bouleverse des décennies de silence.


Le 2 octobre 2025, la Corée du Sud a officiellement reconnu sa responsabilité dans des adoptions internationales entachées de pratiques frauduleuses. Une première dans l’histoire du pays, longtemps présenté comme l’un des principaux exportateurs d’enfants après la guerre de Corée.


À Séoul, la présidente de la Commission vérité et réconciliation a présenté des excuses publiques au nom de l’État, et a reconnu « les souffrances profondes infligées aux enfants, aux parents biologiques et aux familles adoptives ».


Derrière ces mots, c’est un pan entier de la mémoire collective sud-coréenne qui s’ouvre et une remise en question profonde du système d’adoption internationale tel qu’il s’est développé au XXᵉ siècle.

Des adoptions massives et souvent frauduleuses

Entre les années 1950 et 1990, environ 140 000 enfants coréens ont été envoyés à l’étranger pour adoption, principalement vers les États-Unis, la Suède, les Pays-Bas et la France (environ 11 000 en France, selon l’association Amitié France-Corée).

L’enquête menée par la Commission vérité et réconciliation a révélé des violations massives des droits humains : enfants déclarés orphelins à tort, consentements falsifiés, documents modifiés et absence totale de contrôle sur les conditions d’adoption.

Dans de nombreux cas, les parents biologiques n’avaient jamais donné leur accord, ou avaient été trompés par des institutions religieuses ou des agences privées sans être pleinement informés.


Certaines mères, notamment célibataires, ont témoigné de pressions sociales et économiques extrêmes les poussant à abandonner leur enfant, dans une société patriarcale où la maternité hors mariage restait stigmatisée.

👉 Bon à savoir :


Selon la Commission, près de 20 % des dossiers d’adoption étudiés comportent des irrégularités majeures. Les associations d’adoptés évoquent quant à elles un système institutionnel largement encouragé par l’État dans un contexte de pauvreté et de reconstruction.

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Une responsabilité d’État enfin reconnue

C’est la première fois que la Corée du Sud admet sa responsabilité directe dans ce qu’elle qualifie désormais de « pratiques abusives et injustes ».


Le gouvernement reconnaît que les autorités publiques ont facilité ces adoptions sans assurer un contrôle suffisant des agences intermédiaires.

En effet, dans certains cas, les procédures de consentement ont été purement contournées, et les documents d’état civil falsifiés pour rendre les enfants « adoptables ».

Cette reconnaissance s’accompagne d’un engagement fort : présenter des excuses officielles aux familles concernées.

Ces mesures sont perçues comme un tournant, mais aussi comme une réparation symbolique tardive pour des générations d’enfants déracinés.

Des vies bouleversées par l’adoption abusive

Parce que derrière les chiffres, il y a des trajectoires brisées.


Des milliers de petits coréens, aujourd’hui adultes, mènent depuis des années une quête d’identité douloureuse. Beaucoup découvrent, en entreprenant des recherches sur leurs origines, que leur histoire repose sur un mensonge : dates de naissance modifiées, fratries disloquées, faux certificats de décès, ou adoption présentée comme temporaire.

Ces révélations réveillent des traumatismes profonds. Nombreux sont ceux qui décrivent un sentiment de double appartenance impossible à concilier, entre la société d’accueil et celle d’origine.


Aussi, des associations d’adoptés demandent aujourd’hui l’accès complet aux archives, une réforme du système d’adoption et la mise en place de mesures de réparation. 

Selon des données relayées par France Info, 99 % des demandes d’adoption étaient accordées dès le jour du dépôt ou le lendemain en 1984, ce qui illustre l’absence quasi totale de contrôle à cette époque.

❓ Le saviez-vous ?

La Corée du Sud est restée jusqu’à récemment l’un des rares pays développés à encourager l’adoption internationale plutôt que de développer des politiques de soutien à la parentalité. Ce n’est qu’en 2012 qu’une première loi a commencé à encadrer plus strictement les procédures.

Un tournant pour l’adoption internationale

La reconnaissance sud-coréenne intervient dans un contexte de remise en question mondiale du modèle d’adoption internationale.


Après la Suède, qui envisage désormais une interdiction totale, et les Pays-Bas, qui ont suspendu les adoptions étrangères, la Corée du Sud devient le premier pays d’origine à admettre officiellement sa responsabilité.

Cette décision historique pourrait ouvrir la voie à des actions judiciaires transnationales et inciter d’autres États à réévaluer leur rôle dans ces politiques d’exportation d’enfants.
Elle interroge aussi la dimension éthique de l’adoption internationale, entre désir de parentalité, souffrance des familles biologiques et droits fondamentaux de l’enfant.

💡 Les conseils de Nolwenn News :


Pour toute adoption internationale, il est essentiel de privilégier les procédures encadrées par la Convention de La Haye qui impose des garanties fondamentales : consentement éclairé, transparence, interdiction de tout profit financier et vérification des conditions d’adoptabilité. 

Parce que chaque dossier d’adoption devrait être traité comme un acte de protection et non comme une transaction administrative.

Vers une mémoire réparée ?

Cette reconnaissance officielle est perçue comme un acte de justice tardif mais nécessaire.
Elle marque la fin d’un long déni et ouvre un dialogue inédit entre l’État sud-coréen, les familles biologiques et les enfants adoptés.
Reste à savoir si cette étape symbolique débouchera sur des réformes structurelles ou des mesures de réparation concrètes.

En Corée du Sud comme ailleurs, l’enjeu dépasse la seule question des adoptions : il s’agit de reconnaître les injustices passées et de repenser en profondeur les droits des enfants et des familles dans les systèmes d’adoption contemporains.

Parce qu’au-delà des procédures et des archives, ce sont avant tout des liens d’attachement et des vies humaines qui ont été brisés.

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